Tout savoir sur les lames en acier damas

Tout savoir sur les lames en acier damas

janvier 15, 2019

Les lames en acier damas

Vieux de 5 000 ans av. J-C, le travail des métaux est part la suite devenu un métier bien défini. Les forgerons ont ainsi évolué dans le temps, notamment avec les lames en acier damas, ils ont perfectionné leur technique et cela s’est traduit par la naissance de différents savoir-faire à travers le monde.

 

La coutellerie est une des branches du forgeage. En effet, dès l’âge de bronze soit 1800 ans av. J-C environ, les premiers couteaux semblables à ceux que nous connaissons aujourd’hui furent fabriqués. Muni d’une poignée et d’une lame en métal, il fallut attendre le Ier siècle pour que les Romains se mettent à fabriquer des lames d’acier et repliable.

Néanmoins, bien que la plupart des lames de couteaux soient réalisées à partir d’acier, ce qui les différencient vraiment est la technique utilisée par l’artisan. Parmi, les plus connues on retrouve les lames en acier damas. Derrière cette appellation se cache des siècles de savoir-faire et d’apprentissage qui furent à l’origine de cet acier de légende.

Afin d’en découvrir tous les secrets, il est bien entendu indispensable d’en présenter l’histoire, l’artisan, les outils adéquates ainsi que le processus de l’acier damas.

couteau lame acier damas

L’histoire de l’acier damas

Jusqu’à la fin de la Renaissance et ce depuis l’Âge de Bronze, les guerriers utilisaient des épées comme arme. Étant le moyen de défense et d’attaque le plus répandu dans les armées, la qualité de l’épée était déterminante quant à l’issu d’une bataille ou d’un duel. C’est pourquoi plusieurs siècles durant les armées persiques se distinguèrent lors des guerres les opposant aux Occidentaux. En effet, les troupes issues de la région du Golfe disposaient d’épées forgées en acier damas. Extrêmement tranchantes et incroyablement résistantes, les lames en acier damas offraient à ceux qu’ils les portaient un avantage de taille face à leurs adversaires.

Durant le Moyen Âge, les lames en acier damas étaient très populaires et disposaient d’une notoriété inégalable. Principalement utilisé lors de la confection de poignard ou de fer de lance, l’acier damas n’a cependant pas d’origine certifiée. En effet, assez incertaine, l’origine de l’acier damas donne naissance à de nombreux désaccords parmi les historiens. Il existe plusieurs théories quant à ses origines. Bien sûr, son nom n’est pas sans évoquer la capitale syrienne qui pour certains semblent être le berceau de cette technique unique alors que d’autres chercheurs estiment que l’acier damas aurait tout d’abord été conçu en Iran et que son nom ne serait d’une référence aux célèbres étoffes de Damas qui en bien des points ont le même aspect que les lames issues de cet acier. Néanmoins, une chose est certaine, l’acier damas est né dans la région du Golfe persique plusieurs siècles av. J-C.

Il fallut attendre les Croisades pour que les Européens commencent à découvrir cet acier légendaire mais ne purent pas pour autant en percer ses secrets de fabrication. Ils furent si bien gardés que son processus de fabrication disparu aux alentours de 1750 en même temps que ces forgerons de renom au savoir-faire unique et ancestral.

Cependant, un siècle plus tard, grâce notamment aux progrès de la métallurgie, des chercheurs français purent façonner à nouveau des lames en acier damas à l’aide des nouvelles méthodes de fabrication qui avaient émergé depuis. Néanmoins, les secrets de cet acier de prestige ne furent révéler en 1823 par certain Jean Robert Bréant qui réussit pour la première fois à reconstituer toutes les conditions nécessaires à la confection d’une lame en acier damas alors que tous les forgerons occidentaux échouaient lamentablement. De nos jours, les lames en acier damas ont des motifs bien plus sophistiqués qu’ils pouvaient l’être dans le passé. Cela a été rendu possible pour la mise à disposition de nouveaux outils et instruments de travail et notamment les machines numériques qui réalisent des illustrations d’une précise jusqu’à lors inatteignables.

forgeron histoire acier damas

 

Le métier de forgeron en acier damas

Artisan spécialisé dans le travail du métal, appelé la forge, le forgeron modèle à la main des pièces afin de créer des objets décorations ou industriels, principalement dans le secteur du bâtiment. Apparu en même temps que la découverte du modelage des métaux, le métier de forgeron est donc une profession datant de plusieurs millénaires. Néanmoins, il fallut atteindre plusieurs siècles avant qu’il ne soit reconnu comme métier en tant que tels. En effet, les besoins grandissants de la population entrainèrent une spécialisation nécessaire afin de réaliser avec toujours plus de nouvelles techniques les nouveaux objets du quotidien. Outils, armes ou encore clefs furent pendant longtemps réalisés par les forgerons.

Chauffé, le métal était ainsi modelé afin de réaliser la pièce demandée. Afin de répondre toujours mieux au besoin, ils durent procéder à la création d’alliages comme c’est la cas lors de la confection de boucliers qui se doivent être résistants tout en étant suffisamment léger pour être porté mais aussi en ayant recours à des traitements spécifiques comme c’est le cas pour l’acier damas qui permettent d’apporter une touche esthétique à la pièce tout en disposant de caractéristiques spécifiques pour une grande solidité et un tranchant précis. Concernant l’acier damas, ce dernier requière une technicité exceptionnelle tant il est difficile de reproduire avec précision les motifs et la superposition des couches fines d’acier. Les couteaux en lames damas artisanaux sont donc un concentré de savoir-faire, de patience et de passion. 

Le métier de forgeron est ancestral qui a subi de nombreuses évolutions. Pourtant, ce métier a remarquablement su conservé son authenticité et son savoir-faire sans trop pâtir de la modernisation massive. Entre l’artisan et l’artiste, le forgeron façonne le métal chauffé à de très hautes températures dans la forge en le martelant. Véritable spécialiste des aciers, il se doit de savoir les travailler en fonctions de leurs caractéristiques. Tous les composants de l’acier travaillé doivent ainsi être pris en compte afin que le résultat final soit concluant. Il contrôle ainsi la température, la pression ou encore le temps de modelage. Créateur à part entière, le forgeron ne fabrique que des pièces uniques. En effet, chaque pièce qui passe entre ses mains ne dispose d’un seul et unique exemplaire. 

forge d'un forgeron

Les propriétés de l’acier damas

Tout d’abord, il est important de noter l’aspect visuel des lames en acier damas qui, contrairement aux lames issu de la fabrication occidentale, disposent de motifs remarquables. Ondulés, ces motifs ont pour origine la superposition des plusieurs couches d’acier en une seule et même lame. À cela, il faut ajouter le tranchant incroyable presque invraisemblable de la lame en acier damas qu’aucune lame classique venant d’Europe n’avait alors été capable d’égaler. Les forgerons d’acier damas de l’époque allaient même jusqu’à prétendre qu’un sabre fabriqué en acier damas pouvait couper en deux un foulard de soie en plein vol.

Néanmoins, il est important de distinguer ces motifs et surtout leur origine. Il en existe deux types : les premiers sont issus du wootz qui grâce à sa teneur élevé en carbone créé les motifs légendaires des lames en acier damas alors que les seconds, issu du Damas de corroyage, sont eux intentionnellement réalisés par le forgeron qui grâce à différentes comme la forge libre, réalise les motifs souhaités directement sur la lame. Bien que visuellement il soit difficile de faire la différence, leurs structures elles sont diamétralement différentes. Dans le premier cas, il s’agit de la cristallisation naturelle du matériau de base alors que dans le second, les motifs sont rendus possibles en soudant plusieurs couches d’acier de façon à créer l’illustration escomptée

En effet, les lames en acier damas étaient fabriquées à partir de wootz qui n’était autre que de petits lingots de fer et de carbone tout droit venus d’Inde. Ce petit  lingot avait une forme arrondie d’un diamètre d’une dizaine de centimètres pour moitié d’épaisseur. Assez pure, en effet on n’y retrouve que très peu de manganèse ou souffre pour ne citez d’eux, le wootz contient 1,5% de carbone. C’est justement cette composante qui rendait les lames en acier damas si résistantes. Effectivement, allié au processus de fabrication qui consistait à forger la lame directement dans le palet de wootz, sa teneur en carbone jouait un rôle important quant à la robustesse de la lame. Cependant, cet alliage a disparu au fil des siècles emportant avec lui le légendaire secret de l’acier damas.

À présent, les forgerons utilisent donc différents aciers qu’ils « soudent » entre eux pour reproduire un acier semblable à l’acier damas comme il peut être dans le passé. Bien que le wootz n’hésite plus, le technique quant à elle a pu être redécouverte.

Les outils nécessaires pour forger une lame en damas

Afin de fabriquer une lame disposant de ces caractéristiques, notamment les couteaux en lame damas, il est indispensable de disposer d’un certain nombre d’outils. Dans le cas où l’acier damas est réalisé à partir de la technique du corroyage, c’est-à-dire en mélangeant plusieurs aciers, il est nécessaire de maintenir les aciers entre eux part des soudures avant de procéder au modelage. Afin de les tenir ensemble, on utilise un trainard, qui n’est autre qu’une longue tige de métal sur laquelle on vient souder les éléments afin de les travailler ou bien plus simplement on les tient à l’aide d’une pince pour pouvoir les manipuler à chaud.

forge d'une lame en acier damas

Par la suite, afin de pouvoir travailler les métaux afin de leur donner l’aspect voulu, il est indispensable de les chauffer. Pour cela, on utilise une forge au charbon ou à gaz dans laquelle le foyer sera monté à la température souhaitée. Le foyer sert en effet à chauffer le métal afin qu’il soit finalement possible de le travailler. Cette chaleur est le résultat d’une combustion issue du gaz, du charbon ou d’huiles qui sera alimentée et maintenue en activité par un système de soufflerie.

Une fois chauffée, il faut brosser la pièces pour retirer les parasites puis procéder à une chauffe au blanc suant avant de disposer le métal obtenu sur une enclume. L’enclume ou encore appelé marteau pilon est un outil incontournable de la forge. L’enclume permet de travailler le métal à chaud pour parvenir à le modeler. Elle permet d’aplanir, étirer, courber ou poinçonner la pièce par exemple. Pour réaliser ce travail, le forgeron utilise des pinces ou tenailles pour tenir l’objet en question et un marteau. Dans le cas de l’acier damas, il faut procéder à une soudure des différents aciers utilisés en les martelant.

Pour couper l’objet réalisé, on utilise un tranchet directement intégré à l’enclume.

Le forgeron réalisant des lames dames que ça soit des épées décoratives ou encore la coutellerie ne peut évidemment pas y parvenir sans cette série d’outils indispensables.

La fabrication d’une lame en damas

Bien que la méthode de fabrication d’une lame en damas peut sensiblement varier d’un forgeron à l’autre, il existe cependant une technique commune à tous. En effet, la conception d’une lame de couteau en damas, par exemple nécessite des étapes incontournable.

trousse d'acier damas

Tout d’abord, il est nécessaire de sélectionner les aciers qui seront utilisés. Pour cela, le forgeron s’appuie sur deux critères : les caractéristiques techniques et leur aspect esthétique. Cette sélection permet ainsi d’empiler les aciers choisis alternant ainsi les nuances. Afin de pouvoir les travailler, on soude les aciers entre eux pour créer un même et seul bloc qu’on appellera la trousse.

Ce bloc soudé, ou trousse, sera ensuite fixé au trainard ce qui permettra sa chauffe à environ 800°C dans le foyer de la forge. Lorsque la trousse devient rouge, le forgeron peut commencer à la travailler puisque cette dernière a atteint la température de forgeage. 

Cependant, avant de débuter tout modelage, il est nécessaire de brosser la trousse d’aciers pour en retirer tous les parasites puis de l’enduire de borax qui n’est autre qu’une poudre nettoyante facilitant la soudure tout en évitant l’effet de l’oxygène sur l’acier.

borax lame acier damas

Une fois nettoyée, la trousse est à nouveau plongée dans le foyer pour effectuer un chauffe au blanc suant à une température de 1200°C. Cette étape permet de souder définitivement les aciers entre eux. Afin d’être certain d’avoir atteint l’état suffisant à la soudure, l’acier doit présenter des signes de bouillonnement en surface.

Maintenant que la trousse « bout », il faut rapidement le sortir du foyer et le marteler directement sur l’enclume. Ce technique permet en effet de souder les différents aciers entre eux grâce au martelage et la température.

À partir de là, l’acier damas est crée. Néanmoins, le processus de fabrication d’une lame damas est long d’être terminé. Le forgeron va ensuite étirer le bloc pour l’allonger avant de couper à l’aide du tranchet le long bloc de damas et de replier les blocs issus de la coupe afin de les débarrasser une fois de plus de leurs impuretés. Ces derniers sont à nouveau assembler sous forme de trousse et le processus recommencer ainsi à zéro.

Il est nécessaire de recommencer ce protocole de fabrication de l’acier damas jusqu’à l’obtention du nombre de couches d’acier souhaitées. Lorsque cela est fait, il faut bien sûr procéder à la forge de la lame de couteau damas.

Après avoir façonné le couteau en acier damas, il faut alors effectuer des traitements thermiques. Le premier consiste à laisser refroidir la lame puis la deuxième vise à chauffer à nouveau la lame puis la refroidir encore une fois en l’agitant à l’air libre cela permet d’affiner le grain de l’acier.

Cependant pour durcir définitivement la lame, il est indispensable de réaliser un choc thermique suffisant. Il faut bien entendu chauffer la lame à une température dite de trempe qui dépendra de sa teneur en carbone. Par exemple pour une lame contenant 0,4% de carbone, la température de trempe sera située entre 800 et 850°C alors que pour une pièce avec une teneur en carbone supérieur à 0,8% on se situera plus entre 750° et 800°C. Une fois à chauffer comme elle se doit, la lame est plongée dans un agent trempant. Ce dernier peut être de l’huile, de l’eau ou encore du goop qui est composé de paraffine et végetaline. Finalement, le revenu qui est le dernier traitement thermique à effectuer se fait par une chauffe lente et douce à environ 200°C. Cette dernière étape permet de rendre la lame plus élastique.

Ce long processus se conclut par la révélation des motifs qui apparaîtront dans les couches successives d’aciers. À l’aide de produits chimiques, on provoquera ainsi des réactions qui feront ressortir les différents aciers constituant la lame. Cela peut être réalisé grâce à l’acide sulfurique par exemple.

révélation acide acier damas

La différence entre une lame en damas industriel ou artisanal

Le forgeage d’une lame en damas demande du temps ainsi qu’une savoir-faire précis. Cependant, il existe des couteaux damas issus de la fabrication industrielle. Pour ce faire, les fabricants, contrairement aux artisans, n’utilisent d’un seul acier, qui est en principe de l’inox afin d’ici façonner la lame. Sur ce type de couteaux, le motif n’est d’une décoration rajoutée dans l’unique but de créer une illusion damassée. Généralement plus simples et fins que ceux réalisés par les forgerons qui sont alors nettement plus bruts, ils s’arrêtent systématiquement avant le tranchant. Cela s’explique par l’impossibilité des fabricants de sculpter un dessin sur le tranchant sans lui perdre de sa coupe. A contrario, les couteaux en acier damas artisanal arborent des motifs de part et d’autre de la lame puisque celle-ci est directement forgée dans un acier déjà transformé.

Bien moins authentiques, certes, les couteaux industriels disposent de quelques avantages. Effectivement, leur prix est très attractif ce qui n’est pas toujours le cas des couteaux artisanaux dont le prix élevé est justifié par le temps et la technique requise et de plus, ils ne demandent pas beaucoup d’entretien.

Cependant, pour les amateurs de couteaux, l’industrialisation ne peut échapper à la standardisation et par conséquent la production en série. Véritable oeuvre d’art, un couteau en lame damas est issu de techniques de fabrication inscrites à l’Inventaire du Patrimoine Immatériel en France. Aussi belle que résistante, la lame damas est reconnue pour son tranchant durable et incomparable. De cette façon, chaque lame damas fabriquée par un artisanat est complètement unique et sur-mesure. En effet, le forgeron pourra, dans la limite du possible et selon ses compétences, crée le couteau disposant de la taille ainsi que des motifs et nuances demandés.

 

            Les couteaux en acier damas sont donc bien loin des couteaux traditionnels bien que leur usage reste le même. Décliné en épée, poignard ou katanas, l’acier damas est reconnu depuis toujours pour ces propriétés uniques qui en font une pièce unique, semblable à un chef d’oeuvre, tout en ne perdant rien de sa fonction première qui nécessite une lame robuste et tranchante.

Particulièrement appréciés dans la cuisine, notamment la cuisine japonaise ou encore pour la chasse, les couteaux en acier damas n’ont donc pas finit de séduire les amateurs de coutellerie mais aussi les amoureux de l’artisanat.